2020
Deux fois par an, des hirondelles traversent le Sahara et la Méditerranée pour joindre l’Afrique subsaharienne et l’Europe. Lors de leur disparition hivernale, Aristote pensait qu’elles hibernaient dans la vase des étangs. Ce n’est qu’à la fin du XVIIIème siècle que le naturaliste Georges-Louis Leclerc de Buffon dans Histoire naturelle des oiseaux, remet en cause ces théories et avance l’idée que les hirondelles passent l’hiver dans des contrées moins froides. Il sera suivi en Italie par d’autres scientifiques qui en attachant des fils colorés aux pattes des hirondelles, inventent la technique du baguage et inscrivent l’étude de la migration des oiseaux dans l’extraordinaire développement qu’ont connu les sciences au XIXème siècle. Dès son invention, la photographie participe de ces évolutions, elle est un outil technique de révélation et de documentation du réel et du monde (grandes expéditions ethnographiques, commande photographique de l’Etat dès 1861). Transformant nos perceptions, marquant durablement nos représentations collectives et notre mémoire visuelle, elle accompagne les bouleversements d’alors : machines, industrialisation, nouveaux moyens de transports, guerres.
A partir du sujet de l’hirondelle, nous cherchons à développer une représentation sensible du passage du temps, du mouvement, et des échanges et circulations au sein d’un espace. A l’échelle du vol, le mouvement des hirondelles dans le ciel est l’objet d’une fascination qui nourrit l’imaginaire. Les oiseaux semblent suivre une partition faite de ruptures, d’accélérations et de silences, dessinant des formes abstraites comme des signes à interpréter. Ce projet est une expérimentation au croisement des usages artistiques et scientifiques des médiums photographique et musical. Entre rigueur formelle et narration subjective, la recherche déploie une approche où l’hirondelle en vol figurant un vecteur de force, donne forme et matière à un insatiable désir de liberté avec le ciel pour perspective.
1 Guy de Maupassant, Bel-Ami, 1885.
Le projet Le bleu du ciel a trouvé le soutien de la Fondation Swiss life en 2020 par le biais de la 4ème édition du Prix Swiss Life à 4 mains gagné en collaboration avec le musicien Régis Campo.
Ce prix donne aussi lieu à une publication par les Éditions Filigranes