Obsession Dietrich

2022

UNE OBSESSION PEUT EN CACHER UNE AUTRE

Pierre Passebon est un collectionneur hors normes, capable de rassembler plus de cinq cents photographies sur l’inoubliable interprète de L’Ange Bleu et, dans le même temps, de s’intéresser avec une acuité gourmande à la bande dessinée, au mythe de Tarzan ou encore à la masculinité dans l’iconographie occidentale.

« J’ai des envies visuelles irrépressibles », confie-t-il. Une passion frôlant l’obsession qui le conduit à passer de l’acquisition des images à leur production.

C’est à l’occasion d’une rencontre fortuite avec les photographes Edouard Taufenbach et Bastien Pourtout que naît l’idée d’une commande : réaliser une mise en abyme de sa collection. Créer des images inédites à partir des photographies de Marlène utilisées comme autant de citations visuelles.

Edouard Taufenbach et Bastien Pourtout ont ainsi mis au point à partir de leur Iphone une forme nouvelle de photomontage fondée sur l’instantanéité d’Instagram et la possibilité de communiquer des images à distance. Ils mixent, comme le ferait un DJ pour la musique, les différentes photographies qu’ils s’adressent et sur lesquelles ils réagissent en direct.

Cette construction digitale à quatre doigts aboutit à la réalisation d’œuvres étonnantes. Les visages de Marlène se succèdent au cours du temps dans une forme d’immobilité et de permanence stupéfiantes, tandis que ses jambes se démultiplient créant par leur rapprochement et leur juxtaposition un stéréotype parfait. Il en va de même de ses yeux, de son sourire, de ses gestes. Par ces effets, comparables à la chronophotographie d’un Étienne-Jules Marey ou à la stroboscopie utilisée par Harold Edgerton ou Gjon Mili, Édouard Taufenbach et Bastien Pourtout s’inscrivent dans une tradition photographique tout en la renouvelant. Cette modernité issue d’un détournement technologique, bousculant la chronologie, révèle au grand jour une obsession : celle de Marlene préoccupée par la maîtrise de son image et qui, toute sa vie, aura su, comme le montrent les œuvres ici rassemblées, s’abriter sous le masque d’une éternelle beauté.

Jean-Luc Monterosso, 2021

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