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Architexture

2026
Exposition en duo show avec l'artiste Ernesto Mistretta
Galerie In Via Cluverio à Palerme

La première conversation visuelle de l'exposition Architexture se déroule entre Ernesto et le tandem Edouard Taufenbach et Bastien Pourtout. Son sous-titre « Rituel » évoque le geste répétitif, la passion du geste, l’implication de l’entier corps de l’artiste dans un rapport avec l’espace et le temps.

Ernesto présente une série d’encre de grands formats, composés avec une minutie obsessionnelle sur AutoCAD, le logiciel d’architecture. Il décline la variation d’un seul dessin, dont il complique la structure au fil des salles de la galerie. Partant du plus essentiel, il arrive au plus dense à la fin du parcours. La multitude de formes entrelacées les unes aux autres compose la trame des tableaux, puis Ernesto superpose et colore ou décolore ces points et le dessin.

La forme naît à la pointe de son stylet. Ce nouveau mode de peindre ne laisse rien au hasard ni à une éventuelle IA. La composition complexe est maîtrisée par l’artiste comme l’accomplissement du geste lié à la pensée, à l abstraction, et ce, jusqu’à ce que l’œuvre apparaisse limpide et nue, donnant une sensation de légèreté à l’âme de qui la contemple.

Distorsion, kaléidoscope photographique, le travail de Bastien Pourtout et Edouard Taufenbach défie la logique de la perception.

Ernesto construit des mondes à partir de la trame numérique, Bastien et Edouard les décomposent pour tisser leur propre jardin. Un jardin à la mesure de leur folie créative en tandem, un jardin où éprouver le désir de l’autre, où ressentir que ce monde n’est que la rive d’un autre, beaucoup plus libre et fantasque. De l’autre côté du miroir, du côté des paradis artificiels où le feuillage d’un arbre, même en photographie, resterait en mouvement. D’une haie sagement taillée, les artistes- joueurs en font un motif infini où le regard se perd. Sous hypnose, on se met à rêver au frisson éprouvé dans le labyrinthe d’un dédale dont on ne sait si l’on parviendra à sortir, même si on l’a tant désiré entrer. Cet vertige qui attire le téméraire qui cherche au détour d’une haie celui ou celle qui surgira et changera tout. Plus de haut, plus de bas, plus d’accord ni désaccord. La liberté du geste, la liberté du jeu. Est-ce là la promesse d’une libération heureuse qui pousse ces deux artistes à entreprendre le voyage dans le labyrinthe ? Le dialogue avec les œuvres d’Ernesto se révèle passionnant, on peut parler de grille de lecture, de trame, d’éthique, de rigueur et d’esthétique, de rêve et de méditation. Comme les deux faces d’une même médaille. Le tandem Taufenbach-Pourtout et l’artiste Mistretta travaillent la texture, construisent l’éblouissement, maîtres de l’Architexture.

Josephine Flasseur, Curatrice de l’exposition